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ET NOUS, ET NOUS, ET NOUS
Il existe en Angleterre des labels qui autorisent leurs poulains à
publier un album tous les trois mois ou tous les trois ans, au gré
de leurs états d'âme et de leur débit créatif.
Il existe aussi, et même en France, des chefs d'uvre qui rouillent
dans les starting-blocks parce que le single précédent a
eu un succès tel qu'on préfère essorer sa moëlle
jusqu'à la dernière goutte de promo. Il existe des chanteurs
que l'on signe uniquement pour qu'ils ne chantent pas, parce que s'ils
étaient sous contrat ailleurs ils pourraient faire de l'ombre aux
stars maison. Il existe des groupes qui vivent de leur musique sans que
la presse en parle, sans que les radios les diffusent, sans que les disquaires
les exposent, merci le net. Il existe des auteurs qui racontent à
longueur de CD comment ils en sont arrivés là, à
quel point c'est cool mais combien ont dû se battre contre ce f***
système qui veut les museler. Il existe des fantômes qui
font un tabac annuel post mortem sans réclamer un euro à
leurs éditeurs quand ressuscite la compile de l'hiver dernier sous
une nouvelle pochette. Il existe des têtus qui font exactement la
musique qu'ils aiment, avec des mots qui parlent, sans se soucier des
tendances du marché, pariant que les gens auxquels ils s'adressent
écouteront avec leurs oreilles. Il existe d'autres gens qui préfèrent
faire confiance au "vu à la télé" pour
être sûrs de ne pas se tromper de mode. Il existe des savants
fous qui constellent leurs nuits blanches de feux d'artifice et de triolets
parfumés qui hanteront longtemps leurs portables comme des poissons
rouges prisonniers du bocal, dommage pour tout le monde. Il existe des
créateurs géniaux qui ont beaucoup de succès et tant
mieux, pourvu que ça dure. Il existe des compositeurs aigris qui
bricolent des tubes chromés pour des marionnettes sous payées
mais tellement fières de scintiller un instant sur nos écrans
amnésiques. Et puis il y a Pointcom. Ce siècle promet d'être
passionnant.
Le 04.12.03
Daniel Angelo
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